Guérin, Maximilien

Transmission et dynamique des parlers du Croissant

 
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RÉSUMÉS

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TEXTE INTÉGRAL

La zone du Croissant linguistique correspond à une aire en forme de demi-lune située autour de la frange nord du Massif Central (Ronjat, 1913). Les parlers1 traditionnels de cette zone sont des parlers gallo-romans de transition, présentant simultanément des traits typiques des variétés d’oc (occitan limousin, occitan auvergnat), d’oïl (français, poitevin-saintongeais, berrichon, bourbonnais d’oïl) et de francoprovençal (cf. carte plus bas).

Plusieurs travaux récents tendent à montrer qu’il s’agit de parlers historiquement d’oc ayant subi une importante influence de l’oïl (Quint, 1996, 1998 ; Guérin, 2019, 2020) : le lexique fondamental et la morphologie sont d’oc, alors que le lexique moderne, la phonologie et la syntaxe sont plutôt d’oïl. Les parlers du Croissant forment un continuum dialectal au sein duquel la variation est très importante, particulièrement sur un axe nord-sud. Pour des parlers espacés d’une vingtaine de kilomètres, l’intercompréhension peut s’avérer difficile.

Il n’existe aujourd’hui, à notre connaissance, aucune étude concernant la transmission et/ou la dynamique des parlers du Croissant. L’objectif de cet article est de s’interroger sur les acteurs locaux impliqués en faveur de ces parlers. Nous commencerons par présenter brièvement l’état actuel des parlers du Croissant. Nous présenterons ensuite quatre cas relativement représentatifs de groupes locaux mettant en place des actions et activités ayant pour objectif de promouvoir les parlers locaux, puis nous étudierons la transmission locale de ces parlers. Enfin, nous nous pencherons sur la question de la revitalisation2.

1. Situation actuelle des parlers du Croissant

Les parlers du Croissant sont aujourd’hui extrêmement menacés. Les locuteurs natifs ont presque tous plus de 70 ans et ces parlers ne sont plus transmis aux générations suivantes3. La disparition progressive de ces parlers est due à plusieurs facteurs : politique linguistique de l’État français, rôle de l’école publique, industrialisation et « modernisation », exode rural, développement des médias. Il en a résulté une situation où la langue est souvent peu ou mal considérée par les locuteurs, et réduite à de rares interactions entre locuteurs presque tous nés avant 1945. La langue est aujourd’hui au niveau 8b sur l’échelle EGIDS4, c’est-à-dire presque éteinte : les derniers locuteurs appartiennent aux générations les plus âgées et ils sont si peu nombreux qu’ils ont peu l’occasion de pratiquer la langue entre eux (Lewis et Simons, 2010)5.

En outre, les parlers du Croissant ont été (et sont parfois encore) transmis uniquement dans le cadre familial. D’après les informations que nous avons pu recueillir sur place, ils n’ont jamais fait l’objet d’un enseignement dans un cadre scolaire (public ou privé). L’absence de standard clairement identifié, ainsi que l’absence de reconnaissance de l’appartenance à une même communauté linguistique par les locuteurs ont très probablement été un frein à l’introduction de ces parlers à l’école, même si bien d’autres facteurs ont joué un rôle déterminant pour cette question (Guérin, à paraître a).

2. Les organisations locales

Comme l’explique Crystal (2000 : 154), seule la communauté peut sauver une langue en danger, seule la communauté peut préserver une langue vivante. Or, on observe, depuis une dizaine d’années, une prise de conscience de la part des locuteurs concernant l’état et l’avenir de leurs parlers. On constate ainsi l’émergence de nombreuses initiatives locales : rédaction de textes, élaboration d’un lexique, enseignement du parler, écriture de saynètes ou chansons, organisation de rencontres réunissant des locuteurs de diverses communes, etc. Il peut s’agir soit d’initiatives isolées (un locuteur seul ou avec une ou deux personnes), soit de groupes locaux établis. Par ailleurs, des rencontres réunissant plusieurs groupes et locuteurs, essentiellement de la Creuse, de l’Indre, de la Haute-Vienne et de l’Allier ont lieu une à deux fois par an.

En outre, d’une manière générale les locuteurs accueillent avec beaucoup d’enthousiasme les initiatives concernant leurs parlers, notamment celles mises en place par le projet « Les Parlers du Croissant »6.

Dans cet article, nous nous intéresserons plus spécifiquement à quatre cas7 :

  • Le groupe de patois de Luchapt (Vienne), composante de l’association « La Traverse ».

  • L’association nouvellement créée « Anam causar a Feurçac » de Fursac (Creuse).

  • Les associations « Si N’Causavan » et « Si N’Chantavan » de Parsac (Creuse).

  • L’association « Naves Expo » à Naves (Allier).
     

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Étendue géographique approximative des quatre associations dans le Croissant8

Nous avons rencontré chacune de ces quatre associations lors de nos enquêtes sur les parlers du Croissant effectuées depuis 2016. Nous avons enquêté sur les parlers de Luchapt (2017) et Naves (2018) auprès de membres des associations. Nos échanges avec les membres des associations de Fursac et Parsac ont principalement eu lieu lors de rencontres inter-associatives auxquelles nous avons participé (La Celle-Dunoise en 2016, Parsac en 2017, Fursac en 2018, Sannat en 2019). Les informations concernant le groupe de Luchapt exploitées dans cet article sont issues d’une interview (Guérin, à paraître b). Les informations concernant les trois autres associations sont issues d’un questionnaire que nous leur avons soumis en 2019.

2.1. Le groupe de patois de Luchapt (Vienne)

Le groupe de patois de Luchapt a été constitué suite à la création de l’association « La Traverse » en 2013. Cette association a pour but de rassembler les habitants de la commune d’origines diverses (anciens ayant toujours vécu ici, néo-ruraux, Anglais) et de redynamiser la vie de la communauté. L’objectif du groupe de patois est de préserver le parler local. Le groupe compte une dizaine de membres d’environ 75 ans, dont tous ne sont pas locuteurs du parler local. Ils se réunissent environ une fois par mois. Depuis la création du groupe, ils travaillent à l’élaboration d’un lexique du parler local. Ils organisent également des discussions en parler local sur des thèmes spécifiques. En 2017, ils se sont rendus à la maison de retraite de Mouterre-sur-Blourde (une commune voisine) pour rencontrer des locuteurs originaires de Luchapt. Ils leur ont soumis des textes en français qu’ils traduisaient en patois, et les résidents de la maison de retraite leur ont proposé des modifications et des améliorations (Guérin, à paraître b).

Le parler pris en compte par le groupe ne se limite pas à la commune de Luchapt. On peut considérer que l’on parle plus ou moins le même patois dans les communes voisines, à savoir : Asnière-sur-Blour (Vienne), Saint-Barbant (Haute-Vienne), Saint-Martial-sur-Isop (Haute-Vienne), Oradour-Fanais (Charente) ou encore Availles-Limouzine (Vienne). Il est donc à cheval sur plusieurs départements (essentiellement Vienne, mais également Haute-Vienne et Charente).

Dans ce groupe, la diversité linguistique est prise en compte. La graphie adoptée pour l’élaboration du lexique est une graphie basée sur les normes orthographiques du français.

Le groupe a fait l’objet d’articles dans La Nouvelle République (le quotidien régional). En revanche, il n’a fait l’objet d’aucun reportage ou interview de la radio ou de la télévision (y compris les médias régionaux). En outre, il ne dispose pas de site Internet et n’est pas présent sur les réseaux sociaux.

2.2. L’association « Anam causar a Feurçac » de Fursac (Creuse)

L’association « Anam Causar a Feurçac » dont le nom marchois (et occitan) signifie « Allons parler à Fursac » a été formellement créée en décembre 2018, mais le groupe existait de facto cinq ou six ans avant cette date. Les activités de l’association concernent la commune de Fursac (Creuse), ainsi que toutes les communes limitrophes. Elle couvre ainsi une zone s’étendant, en Creuse, de La Souterraine à Mourioux-Vieilleville, et de Fursac à Grand-Bourg. Notons que l’association est à cheval sur la « limite » sud du Croissant. Dans les communes d’Arrènes, Marsac, Mourioux-Vieilleville, ainsi que dans le sud de Fursac, on ne parle pas le marchois (ensemble des parlers occidentaux du Croissant), mais des parlers occitans limousins. L’association compte une petite trentaine de membres, originaires des différentes communes citées plus haut, et dont la moyenne d’âge tourne autour de 70 ans. Tous ne sont pas locuteurs d’un parler local, mais tous s’y intéressent, notamment en participant aux activités de lecture de textes en marchois, ainsi qu’en l’apprenant auprès de membres locuteurs.

Il s’agit d’une association entièrement consacrée au parler local. Ses objectifs sont la conservation et la promotion du parler local. Avant la création formelle de l’association, les membres organisaient des réunions informelles pour le plaisir de se retrouver autour du parler local. Aujourd’hui, l’association organise plusieurs activités : réunion toutes les deux semaines, évènements communs avec l’association « Si N’Causavan » de Parsac (Creuse), invitation d’une chanteuse chantant en parler local. L’association organise également des activités sans rapport avec le parler local afin de se faire connaître du grand public. L’audience maximale pour les évènements publics est d’environ soixante-dix personnes.

S’agissant de la langue elle-même, l’association laisse chacun pratiquer sa propre variété. L’association respecte pleinement la variation et les différences de parlers (néanmoins très proches) entre membres. Fait rare dans le milieu associatif que nous avons pu rencontrer, l’association a décidé d’adopter la graphie classique de l’occitan9 pour écrire le parler local, comme en témoigne le nom « Anam Causar a Feurçac ». Pour ce faire, ils se font épauler par Yves Lavalade, spécialiste reconnu de l’occitan limousin. Bien que la graphie adoptée soit la même pour tous, chacun adapte sa lecture à son propre parler.

Concernant la communication, l’association a fait l’objet de plusieurs articles dans La Montagne (le quotidien régional). En revanche, elle n’a fait l’objet d’aucun reportage ou interview à la radio ou à la télévision (y compris les médias régionaux). Par ailleurs, l’association ne dispose pas de site Internet et n’est pas présente sur les réseaux sociaux. Aucune présence sur Internet n’est prévue pour le moment.

2.3. L’association « Si N’Causavan » de Parsac (Creuse)

L’association « Si N’Causavan » dont le nom marchois (et occitan) signifie « Si nous parlions » a été créée en 1996, en tant que section du Club Communal de Parsac, puis elle est devenue une association indépendante en 2013. L’association couvre une zone géographique assez large, puisqu’elle concerne la majorité des communes situées entre Guéret et Gouzon, à savoir : Parsac-Rimondeix, Gouzon, La Celle-sous-Gouzon, Trois-Fonds, Blaudeix, Jarnages, Ajain, Sainte-Feyre, Saint-Laurent, Guéret, Châtelus-Malvaleix, Clugnat. Comme l’association de Fursac, « Si N’Causavan » est située sur la « limite » sud du Croissant. L’association compte une soixantaine de membres, dont la moyenne d’âge est d’environ 75 ans. Tous comprennent le parler local, mais certains ne le parlent pas couramment.

L’association se consacre entièrement au parler local. Elle a été créée afin d’éviter une disparition totale de ce(s) parler(s). Ses objectifs sont donc la préservation et la transmission du parler local. Pour ce faire, l’association organise des réunions mensuelles à Parsac-Rimondeix (Creuse) ou dans l’une des communes alentour (thèmes en relation avec le patrimoine et l’histoire locale, et divers sujets sur la vie dans les campagnes au siècle dernier). Elle dispose également d’une chorale (appelée « Si N’Chantavan », ce qui signifie « Si nous chantions ») accompagnée à l’accordéon (chansons traditionnelles en parler local ou en français, vieilles chansons françaises). Celle-ci fait des interprétations lors des réunions mensuelles, participe à la Fête de la Musique à Parsac et organise des concerts (décembre 2018 et juillet 2019 à Parsac, décembre 2019 à Gouzon). De plus, l’association a créé des spectacles en parler local (Parsac 2017, Sainte-Feyre 2018 et 2019) et participe aux spectacles de Sannat 2019 et d’Ajain 2020. En outre, l’association organise des animations dans les EHPAD (3 ou 4 par an). Outre les membres de l’association, une vingtaine de personnes assistent aux réunions mensuelles. Les concerts de la chorale réunissent une centaine de personnes et les animations dans les EHPAD intéressent de 20 à 30 résidents à chaque fois. L’audience la plus large est atteinte à l’occasion des spectacles : environ 100 personnes pour les spectacles de Sainte-Feyre, et près de 500 personnes sur trois représentations lors du spectacle de Parsac (2017).

Concernant la langue en elle-même, l’association considère que la diversité des parlers locaux est une richesse, et les activités tiennent donc compte de cette diversité. Lorsque des activités de l’association reposent sur de l’écrit, les membres utilisent une graphie basée sur les normes orthographiques du français.

« Si N’Causavan » fait l’objet de publications régulières dans le quotidien La Montagne et occasionnelles dans L’Echo du Berry. En 1998, elle a participé à une émission de France Culture « Tchiro la linguo ». En 2018, France Bleu Creuse a diffusé des interviews tous les matins pendant une semaine, dans le cadre d’une présentation des diverses associations creusoises. En revanche, elle n’a fait l’objet d’aucun reportage ou interview à la télévision. Par ailleurs, l’association ne dispose pas de site Internet et n’est pas présente sur les réseaux sociaux.

2.4. L’association « Naves Expo » à Naves (Allier)

L’association « Naves Expo » a été créée formellement en 2017, mais elle existait de facto depuis 2004. L’association concerne la commune de Naves (Allier), ainsi que les communes environnantes ou sympathisantes. Elle compte cinq membres, dont la moyenne d’âge est d’environ 60 ans, qui ne parlent pas tous le parler local. L’association repose sur Henri et Rose-Marie Grobost, par ailleurs auteurs de plusieurs ouvrages en parler local (Grobost, 2011 ; Grobost, Grobost & Guérin, 2020).

« Naves Expo » n’est pas une association consacrée au parler local, mais plutôt au patrimoine local, dont le parler fait partie. Elle vise à valoriser, collecter et inventorier tous les patrimoines et l’histoire de Naves, et à les mettre en perspective avec le patrimoine de la France. Ainsi, elle se consacre à la mise en valeur et la sauvegarde de la mémoire de la vie rurale, son parler, ses activités, et cherche également à conserver par écrit documentaire toutes ces activités dans le travail, les loisirs, la vie religieuse, etc. Les fruits de ce travail sont présentés dans le petit musée de l’association. Les visites du musée (sur rendez-vous) réunissent entre deux et quinze visiteurs par visite (environ quatre visites par an).

L’étendue géographique de l’association étant relativement limitée, la question de la prise en compte de la diversité ou variation des parlers ne se pose pas réellement. Pour leurs écrits, Henri et Rose-Marie Grobost utilisent une graphie personnelle. Il s’agit d’une graphie cohérente10, reposant sur les règles orthographiques du français.

L’association a parfois fait l’objet d’article dans le quotidien La Montagne, mais également d’émissions de radio sur RCF. Elle a également fait l’objet d’un reportage sur France 3. En outre, l’association dispose d’un site Internet11 et d’une page Facebook12.

3. Transmission locale

L’étude de ces quatre cas, ainsi que des quelques autres cités en introduction de la section 2 laisse transparaître des situations communes.

3.1. La question du standard

Pour commencer, il apparaît qu’aucun standard n’est pris en compte. Aucune langue établie (français ou occitan) n’est considérée comme un standard dont les parlers locaux ne seraient que des variantes orales. Les locuteurs décrivent parfois leur parler comme un « patois écorché » (Guérin, à paraître a), ce qui établit une opposition nette avec le français. En revanche, cela pourrait rapprocher le parler de l’occitan, considéré alors comme un « patois légitime ». C’est effectivement la conception de plusieurs locuteurs. Néanmoins, cela ne fait pas de l’occitan une langue standard reconnue dont le parler local ne serait qu’une version orale. La plupart des locuteurs considère l’occitan comme une langue distincte de la leur. Les locuteurs de l’association de Fursac font un rapprochement, mais cela est dû à deux choses : Fursac est à cheval sur la bordure sud du Croissant, donc certains locuteurs parlent des parlers marchois (du Croissant) et d’autres parlent des parlers nettement occitans limousins ; les membres de l’association ont été initiés à l’occitan limousin et en ont appris la graphie. Les locuteurs de parlers plus septentrionaux et/ou n’ayant pas reçu d’initiation à l’occitan (limousin ou auvergnat) tendront à considérer cette langue comme distincte de la leur (au même titre que le français).

En outre, il n’existe pas non plus de langue « Croissant » standard. Même si l’on distingue les parlers limousins du Croissant (appelés « marchois ») des parlers auvergnats du Croissant (appelés « arverno-bourbonnais » ou « bourbonnais d’oc »), on n’identifie aucun standard ; il n’y a pas de marchois standard, ni d’arverno-bourbonnais standard.

Ainsi les locuteurs membres d’associations prennent toujours en compte la diversité linguistique et ne se posent pas la question du standard. La recherche ou l’élaboration d’un standard littéraire n’est un objectif pour aucune association. Si ce point ne pose aucun problème dans les activités de préservation et de valorisation du parler, il soulève des questions concernant la transmission. Quel parler transmettre si au sein d’une même association chacun pratique une variété plus ou moins différente ? Comment transmettre le parler dans un cadre associatif si aucune variété n’est fixée ? Pour ce dernier point, nous avons rencontré une locutrice dans la commune de Saint-Agnant-de-Versillat (Creuse) qui transmet le parler de cette commune spécifiquement. Mais pour des associations dont l’étendue est relativement importante, comme celles de Fursac, Parsac ou Luchapt, cette solution n’est pas possible en raison de la diversité des parlers. Il faut garder à l’esprit que la transmission générationnelle est presque totalement rompue (Guérin, à paraître a)13. La seule solution envisageable pour les militants associatifs est de passer par une transmission par le biais de l’enseignement. Dans ce cadre, la question du standard peut être très importante.

Néanmoins, si le standard peut être un outil précieux dans la mise en place d’un enseignement associatif et dans la création de supports de cours, il peut également s’avérer être, à terme, une source d’exclusion et d’insécurité linguistique. En effet, l’instauration d’une langue standard (présentant généralement, à des degrés divers, une forme d’artificialité) est généralement à l’origine d’une situation de diglossie, dans laquelle le standard est la forme prestigieuse, et où toutes les autres variétés sont reléguées au registre privé et/ou informel. Cela engendre une hiérarchisation sociale selon le degré de maîtrise du standard, ce qui est nécessairement à l’origine d’une situation d’insécurité linguistique des locuteurs concernant leur degré de maîtrise (Blanchet 2013, 2019 : 70-72).

3.2. La question de la graphie

La question de la graphie se pose dès qu’un locuteur envisage d’écrire dans son parler. De fait, les locuteurs sont souvent gênés concernant l’écriture de ces parlers. La plupart répète souvent « le patois ne s’écrit pas » ou « je ne sais pas écrire le patois ». Lorsqu’ils montrent un petit texte (souvent manuscrit) non publié, ils s’excusent souvent de leur graphie qu’ils semblent juger fautive. Ce phénomène est sûrement amplifié par le statut de l’enquêteur, universitaire venant presque toujours d’une autre région et travaillant pour une institution (Université, CNRS, etc.) souvent considérée comme vectrice de normes. Or, au-delà du fait qu’une graphie standard contient toujours une part d’arbitraire, il se trouve qu’aucun standard n’a jamais été établi pour le Croissant14. Il n’y a pas d’équivalent du batua pour le basque ou de l’orthographe peurunvan pour le breton.

Les groupes que nous avons étudiés présentent trois choix distincts concernant la graphie :

– Graphie occitane classique (plus ou moins adaptée). C’est le choix de l’association de Fursac. C’est un choix très marginal à l’échelle du Croissant (nous ne l’avons trouvé nulle part ailleurs).

– Graphie formalisée basée sur le français. Il s’agit de créer une orthographe cohérente et systématique, basée sur les normes orthographiques du français. C’est le choix de l’association de Naves. C’est également un choix assez marginal, bien qu’il soit difficile de s’en rendre compte car peu de locuteurs ou de groupes de locuteurs ont produit un corpus suffisamment important pour le constater.

– Graphie basée sur le français. Ce cas est comme le précédent, mais sans recherche de régularité ou de formalisme. C’est le choix des groupes de Luchapt et Parsac. Plusieurs raisons peuvent expliquer ce type de choix : une volonté d’écrire de courts textes destinés à être lus et compris par les locuteurs, volonté de fidélité « phonétique », etc. Dans les faits, ce choix est le plus fréquent. Cela n’est pas étonnant. La nécessité de l’élaboration d’un système orthographique cohérent avant de commencer à écrire des textes n’est pas évidente, notamment pour des personnes non initiées à la linguistique. De plus, cela prend beaucoup de temps et demande des efforts non négligeables, ce qui peut être un frein pour des personnes voulant juste écrire quelques textes pour s’amuser ou pour les transmettre. En outre, plusieurs locuteurs peuvent ne pas se sentir capables de faire cela.

Ainsi, il n’existe pas d’orthographe unifiée pour les parlers du Croissant. Même pour des groupes homogènes de parlers, aucune orthographe commune n’a encore émergé. Cela pose évidemment problème concernant la transmission. Dans un pays à tradition écrite comme la France, une langue peut-elle se transmettre uniquement oralement ? Dans le cadre familial, évidemment, mais dans le cadre associatif, et a fortiori scolaire, cela semble plus difficile.

3.3. Le patrimoine littéraire

Les parlers du Croissant ne sont pas des parlers de tradition écrite. Il n’existe pas de corpus littéraire ancien dans ces parlers, et le corpus contemporain est très restreint. Dans la Haute-Vienne, l’Indre et la Creuse, il n’existe presque aucune source écrite significative, le recueil de Rémy (1944), recensant plusieurs histoires populaires locales (souvent humoristiques), étant une exception. On trouve néanmoins quelques petits phrases ou mots dans quelques textes rédigés en français. Dans l’Allier, le corpus est un peu plus significatif, mais il ne concerne qu’une petite dizaine d’ouvrages publiés. Ces textes sont soit des histoires vraies, soit des fictions, traitant, dans l’immense majorité des cas, de réalités locales rurales liées à l’agriculture ou à l’artisanat. Néanmoins, il ne s’agit pas d’un corpus homogène, que ce soit au niveau du style, de la longueur, des thématiques ou de la variété linguistique utilisée.

La littérature orale n’est pas non plus prolifique. Faute de transmission, la majeure partie du corpus littéraire oral est aujourd’hui perdue. Très peu de locuteurs se souviennent encore des contes, des nhaurles (histoires drôles), des comptines ou des chansons.

3.4. L’enseignement de la langue

À ce jour, le seul cours de parler local dont nous ayons connaissance concerne le parler de Saint-Agnant-de-Versillat (Creuse). Aucune association ne se fixe comme objectif d’enseigner son parler lors de sessions de cours. Cela peut être dû à plusieurs facteurs : sensation que la transmission n’est pas possible, absence de support utilisable pour l’enseignement, absence de compétence d’enseignement au sein du groupe, sensation que le public n’existe pas, etc.

La transmission familiale ayant presque totalement disparu (on trouve néanmoins quelques très rares familles creusoises qui transmettent leur parler aux jeunes générations), si aucune transmission par l’enseignement n’a lieu, aucun nouveau locuteur ne pourra rejoindre la communauté linguistique.

3.5. Les jeunes locuteurs

Comme en témoigne l’âge moyen des membres des associations, les locuteurs sont aujourd’hui relativement âgés. Pour les enquêtes menées dans le cadre du projet « Les Parlers du Croissant », la quasi-totalité des informateurs a plus de 75 ans, et la majorité plus de 80 ans. Ainsi, les jeunes locuteurs sont extrêmement rares.

Mais qu’en est-il des jeunes habitants du Croissant qui ne sont pas locuteurs, mais qui peuvent avoir un ou plusieurs membres de leur famille qui pratiquent la langue ? Dans les faits, ils sont assez rarement impliqués dans les activités concernant le parler local. À Parsac, des enfants ou adolescents participent parfois aux saynètes. À Saint-Sulpice-les-Feuilles en 2019, le spectacle de fin d’année du collège comprenait une saynète en parler local (écrite par Michel Dupeux, et apprise par cœur par plusieurs élèves). Néanmoins, ces deux cas sont marginaux.

Si les enfants ou adolescents ne sont guère impliqués en tant qu’acteurs, ils ne le sont pas vraiment davantage en tant que spectateurs. Les évènements consacrés aux parlers locaux et/ou en parlers locaux comprennent généralement peu voire pas d’enfants ou d’adolescents dans le public.

3.6. La présence dans les médias

Les associations et activités en faveur des parlers du Croissant sont en partie couvertes par les médias. La presse régionale (notamment La Montagne) fait paraître des articles à l’occasion d’activités associatives appelant un public. Les articles sont souvent assez positifs, ou neutres, mais aucun n’est négatif. Les radios couvrent plus rarement ces évènements. On peut néanmoins compter RCF ou, dans une moindre mesure, France Bleu, mais également certaines radios locales. En revanche, la télévision ne traite presque jamais de ces activités en faveur des parlers du Croissant. France 3 Limousin en a (à notre connaissance) rarement fait état, et il n’existe aucune chaîne de télévision locale dans cette région.

La présence sur Internet est quasiment inexistante. Presque aucune association n’a de site ou n’est présente sur des réseaux sociaux (l’association de Naves étant une exception). Cela est sans doute en partie dû à l’âge avancé des acteurs associatifs, pour qui l’usage d’Internet n’est pas entré dans les habitudes et/ou n’est pas jugé utile pour les activités associatives.

Internet, pour les groupes ou individus qui l’utilisent, sert exclusivement à annoncer ou présenter des activités ponctuelles. Il permet parfois également de garder une mémoire des activités passées. En revanche, il n’est jamais utilisé pour constituer une communauté plus large autour d’un centre d’intérêt (en l’occurrence le ou les parlers locaux) ou pour proposer des supports de cours.

4. La revitalisation

On appelle « revitalisation d’une langue » les tentatives visant à permettre à une langue en danger d’être à nouveau pratiquée au sein de sa communauté (et ailleurs) après une période de réduction de sa pratique (Hinton 2011 : 291). La pratique des parlers du Croissant étant aujourd’hui très limitée, tant en nombre de locuteurs que de générations concernées, une augmentation de cette pratique reposerait donc nécessairement sur un travail de revitalisation. La revitalisation d’une langue peut passer par plusieurs processus, souvent complémentaires : revitalisation par l’école, enseignement par des membres de la communauté, enseignement aux adultes, revitalisation au sein de la famille (Hinton, 2011). Nous allons étudier chacun de ces processus possibles concernant les parlers du Croissant.

4.1. Revitalisation par l’école

Aujourd’hui, aucun enseignement à l’école n’est envisagé pour aucun des parlers du Croissant. La politique de l’État est peu favorable aux langues régionales, ou à leur enseignement public (Guérin, à paraître a). À cette tendance politique, il convient d’ajouter les points que nous avons traités en 3.1, 3.2 et 3.3. En effet, s’il est aujourd’hui difficile de mettre en place un enseignement public de langues comme le breton, l’occitan ou l’alsacien, cela serait impossible pour une langue (ou un ensemble de parlers) n’ayant ni standard, ni graphie normalisée, ni littérature écrite ou orale significative. De plus, les parlers du Croissant n’ont aucune reconnaissance en tant que langue. Ils ne sont pas mentionnés dans la liste de la DGLFLF15, ni dans les bases comme Ethnologue16 ou Glottolog17. Si l’on consulte les cartes linguistiques, on constate qu’ils sont le plus souvent considérés comme des variantes de l’occitan.

Serait-il possible d’envisager un enseignement scolaire privé ? Cela est envisageable en théorie, mais très certainement irréalisable en pratique, car non viable économiquement. En effet, la zone du Croissant est assez pauvre. La Creuse, qui en constitue le centre, est l’un des départements les plus pauvres de France, ce qui implique que les moyens financiers de la population sont limités, ainsi que les moyens dont disposent les collectivités locales. En outre, il s’agit de zones ayant subi un fort exode rural. La population est âgée et le nombre d’enfants est relativement faible. Dans ces conditions, la création d’une école privée en parler local est très peu probable.

On peut néanmoins envisager cela dans les centres urbains (Montluçon, Vichy, Guéret) ou ne proposer que des cours ponctuels. Mais là encore, les points concernant la standardisation et la graphie pourraient être vus comme problématiques au yeux des services ministériels concernés.

4.2. Enseignement par des membres de la communauté

Nous avons déjà évoqué ce point en 3.4. Il n’est pas à l’ordre du jour parmi les associations que nous avons étudiées. Néanmoins, il reste tout à fait envisageable. Les points concernant la standardisation et la graphie pourraient être résolus par les associations, soit en adoptant chacune des positions spécifiques, soit en se coordonnant.

4.3. Enseignement aux adultes

Un cas d’enseignement aux adultes est attesté pour le parler de Saint-Agnant-de-Versillat (Creuse). Comme pour le point précédent, il n’est pas à l’ordre du jour parmi les quatre associations. Néanmoins, il reste tout à fait envisageable.

4.4. Revitalisation au sein de la famille

Aujourd’hui, mises à part quelques rares familles creusoises, la transmission familiale des parlers du Croissant a disparu. La rétablir ne serait pas impossible, mais cela reposerait sur plusieurs prises de position :

1) que les locuteurs ayant des enfants en bas âge transmettent la langue à leurs enfants ;

2) que les locuteurs âgés transmettent la langue à leurs petits-enfants ;

3) que les adultes non-locuteurs apprennent la langue dans des associations et/ou avec des locuteurs de leur famille. Ce processus, plus que tous les autres, nécessite la participation de l’ensemble de la communauté. Comme nous l’avons signalé plus haut, seule la communauté peut préserver une langue vivante (Crystal 2000 : 154).

Conclusion

On constate un enthousiasme grandissant, tant de la part des acteurs associatifs que du public, des activités de plus en plus nombreuses et des rencontres (inter-)associatives de plus en plus fréquentes. En outre, le projet « Les Parlers du Croissant » a également participé à cette dynamique, en exposant des méthodologies de travail innovantes pour ces milieux, en répondant aux interrogations des acteurs locaux, mais également en mettant en place des collaborations pour des publications, comme la rubrique « Le parler bas-marchois : parlons-en ! » dans la revue Mefia te ! (Haute-Vienne) ou les traductions du Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry dans plusieurs parlers du Croissant.

Néanmoins, les initiatives locales ont aujourd’hui un impact limité. Dans l’état actuel, elles ne semblent pas être en mesure d’arrêter le processus progressif de disparition des parlers du Croissant. Les activités associatives ont davantage un rôle dans la conservation que dans la transmission de ces parlers. En outre, une trop faible maîtrise des méthodes d’enseignement des langues ainsi que de l’utilisation des nouveaux médias de communication ont également un rôle non négligeable dans cette situation.

Mais les associations ne sont pas les seuls acteurs possibles. La plupart des municipalités ainsi que la presse locale aident et soutiennent, à la hauteur de leurs moyens et capacités, les initiatives en faveur de ces parlers.18 Le rôle actuel des radios, même locales, est un peu plus faible19 et celui de la télévision anecdotique. Le rôle de plus grandes institutions publiques est aujourd’hui inexistant. Cela ne reflète pas nécessairement une prise de position claire de ces institutions. Il peut également s’agir d’une absence de sollicitation.

Enfin, les linguistes n’ont-ils pas un rôle à jouer pour améliorer cette situation ? Cette question légitime est relativement ancienne et a reçu diverses réponses (voir par exemple Guespin & Marcellesi, 1986 : 7). La position adoptée par le projet « Les Parlers du Croissant » est une position assez fréquente en linguistique : les linguistes, en tant que chercheurs, n’ont théoriquement pas à prendre partie. Ils peuvent fournir du matériel théorique, produire des grammaires et des lexiques ou autres documentations utiles, donner des conférences ou des formations, exposer des méthodologies (enquêtes, rédaction, etc.) ou encore fournir des ressources en ligne. Néanmoins, les linguistes n’ont pas à impulser des initiatives ou à mettre en place des plans de revitalisation. L’avenir d’une langue dépend de sa communauté (Crystal 2000 : 154)20.

La question que l’on pourrait se poser est alors : la communauté souhaite-t-elle préserver sa langue ? Cette question est liée à la façon dont les locuteurs et les autres habitants de la région conçoivent la langue. Les habitants du Croissant n’ont pas de conscience d’une identité culturelle et linguistique spécifique. Contrairement aux communautés linguistiques ayant une conscience identitaire relativement forte (Bretons, Corses, Basques, etc.), les habitants du Croissant non pas de conscience d’une identité qui dépasserait le cadre de la commune et des quelques communes limitrophes. À cela s’ajoute une situation de triglossie (entre, de la variété la plus « haute » à la variété la plus « basse », français, occitan et parler local) intériorisée par les locuteurs et dont résulte le regard très dépréciatif sur leur langue maternelle (Guérin, à paraître a). Il serait donc intéressant d’étudier l’impact des activités des associations locales sur la vision que les habitants, locuteurs ou non, portent sur les parlers du Croissant. On pourrait également s’intéresser plus en détail aux motivations de l’ensemble des membres du secteur associatif : préservation de la langue, transmission de la langue, création de liens sociaux entre les membres, etc.


BIBLIOGRAPHIE

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RONJAT Jules, 1913, Essai de syntaxe des parlers provençaux modernes, Mâcon, Protat.


Notes

1 Le terme « parler » est un terme relativement neutre, « défini d’un point de vue géolinguistique désignant, d’une façon générale et sans préjuger de leur statut [langue, dialecte, etc.], les moyens de communication verbale propres à un groupe au sein d’une communauté linguistique » (Neveu, 2011 : 264).

2 Cette recherche s’insère dans les projets suivants, gérés par l’Agence Nationale de la Recherche : ANR-17-CE27-0001-01 (Projet “Les parlers du Croissant : une approche multidisciplinaire du contact oc-oïl”) et ANR-10-LABX-0083 (programme “Investissements d’Avenir”, Labex EFL, Axe 3, Opération VC2 – “Au cœur de la Gallo-Romania : caractérisation linguistique et environnementale d’une aire de transition”). Elle contribue également à l’IdEx Université de Paris – ANR-18-IDEX-0001. Nous remercions Philippe Maurer et Nicolas Quint ainsi que les participants du colloque « Langues minoritaires : quels acteurs pour quel avenir ? » (Université de Strasbourg, 21 et 22 novembre 2019) pour leur aide, notamment leurs conseils et remarques.

3 Le défaut de transmission ainsi que l’absence de jeunes locuteurs peuvent être considérés comme des signes annonciateurs de la mort de la langue (Hagège, 2000 : 90-91).

4 Expanded Graded Intergenerational Disruption Scale (échelle graduée de perturbation intergénérationnelle étendue).

5 Pour une description plus détaillée de la situation sociolinguistique, voir Guérin (à paraître a).

6 <http://parlersducroissant.huma-num.fr/>

7 Il s’agit de quatre groupes ou associations parmi les plus structurés et les plus actifs sur ces questions. D’autres groupes, généralement de taille réduite, ou des acteurs isolés existent également dans la zone.

8 Carte élaborée par Guylaine Brun-Trigaud dans le cadre du projet ANR Croissant.

9 La graphie classique de l’occitan est la norme orthographique la plus couramment utilisée pour écrire l’occitan. Elle se base sur la norme graphique des troubadours du Moyen-Âge et a été fixée par la grammaire de Louis Alibert (1935).

10 Par graphie cohérente, nous entendons une graphie qui a été pensée en amont et dans sa globalité par l’auteur. Ainsi, chaque graphème ou digraphe a toujours la même réalisation phonétique dans le même contexte, et chaque mot ou morphème est toujours orthographié de la même manière.

11 <https://naves-expo-en-bourbonnais.blog4ever.com/>

12 <https://www.facebook.com/NavesExpo/>

13 Cette situation n’est pas propre aux parlers du Croissant. Le taux de transmission familiale des langues régionales est très faible en France (Calvet, 2017 : 189-193).

14 Si les « fautes (d’orthographe) » sont des écarts à la norme, il est donc impossible d’en faire lorsqu’on écrit dans un de ces parlers.

15 Délégation générale à la langue française et aux langues de France.

16 <https://www.ethnologue.com/>

17 <https://glottolog.org/>

18 Néanmoins, à notre connaissance, aucun conseil municipal, départemental ou régional de cette aire n’a adopté de position claire et/ou officielle sur ces questions. En dehors des sollicitations par les associations locales ou par le projet « Les parlers du Croissant », ces questions ne sont, à notre connaissance, jamais abordés par les élus locaux.

19 On notera quelques exceptions comme la radio RMJ de Magnac-Laval (Haute-Vienne) qui a consacré plusieurs interviews à des membres du projet « Les Parlers du Croissant » et qui diffuse des histoires en parler local une fois par semaine.

20 Notons cependant que d’autres écoles linguistiques, notamment en sociolinguistique à la suite des travaux de William Labov, adoptent une position bien plus active. En effet, plusieurs chercheurs, conscients des implications socio-politiques de leurs travaux, posent le linguiste comme source de propositions et d’initiatives (Guespin & Marcellesi, 1986 : 7).


POUR CITER CE DOCUMENT

Guérin, Maximilien, 2020, «Transmission et dynamique des parlers du Croissant», Les Cahiers du GEPE, N°12/ 2020.
Langues minoritaires : quels acteurs pour quel avenir ?, Strasbourg : Presses universitaires de Strasbourg, URL : http://cahiersdugepe.fr/index.php?id=3582
 


A PROPOS DE

Maximilien Guérin

mguerin.ling@gmail.com
 
CNRS - LLACAN (UMR 8135)
 
Maximilien Guérin est linguiste et typologue. Il est docteur en sciences du langage de l’Université Sorbonne Nouvelle. Après avoir soutenu sa thèse, il devient membre du projet « Les parlers du Croissant ». Dans ce cadre, il effectue plusieurs enquêtes de terrain pour collecter des données sur les parlers du Croissant, zone de transition entre les domaines d’oc et oïl.