Présentation

 

Equipe porteuse

Le G.E.P.E. (Groupe d’Etudes sur le Plurilinguisme Européen), qui est l’une des composantes de l’Equipe d’Accueil 1339, Linguistique, Langue, Parole (LiLPa) de l’Université de Strasbourg, est le porteur des Cahiers du GEPE. Depuis sa constitution en équipe d’accueil (2000) et son rattachement, en 2004, à l’E.A. 1339, le GEPE constitue une équipe pluridisciplinaire, qui rassemble des chercheurs en provenance de l’Université de Strasbourg (en particulier de l’UFR des Langues vivantes et de l’UFR des Langues et sciences humaines appliquées), de l’IUFM et de l’Université de Haute-Alsace. Bien que la sociolinguistique (politiques linguistiques et histoire des sociétés, plurilinguisme en Europe, plurilinguisme social, scolaire, institutionnel, gestion du plurilinguisme dans les entreprises, plurilinguisme des migrants, contact de langues, traduction et langues de spécialités, …) soit au centre des activités du GEPE, d’autres champs de recherche apparentés (interculturalité, plurilinguisme littéraire, didactique du FLE, didactique de l’éducation bi‑ /plurilingue…) contribuent à la diversification des axes qui structurent les projets scientifiques du groupe. Pour éviter une simple juxtaposition des champs de recherche, la diversité des terrains et des problématiques est envisagée sous l’angle des interconnexions complexes qui les relient.

Profil et enjeux scientifiques de la revue

Le titre Les Cahiers du GEPE – qui a été préféré à une appellation qui renverrait à un territoire disciplinaire ou à un champ de recherche – veut rendre compte des activités de l’équipe (projets, programmes de recherche, colloques, journées d’études, séminaires…) dans des domaines qui sont liés à sa genèse, à la pluridisciplinarité de la composante et, pour partie, à son ancrage institutionnel et géographique. En se centrant sur des thématiques et des questionnements dont le choix et le traitement sont révélateurs des activités scientifiques du GEPE, la revue constitue aussi un lieu d’échange avec d’autres chercheurs et équipes (actes de journées d’études, colloques, numéros thématiques) qui partagent ces domaines d’intérêt et qui, le cas échéant, les abordent différemment et de manière complémentaire. Enfin, Les Cahiers du GEPE cherchent aussi à donner à de jeunes chercheurs (doctorants et post-doctorants) la possibilité de publier leurs travaux.

La politique scientifique de la revue est définie par son comité scientifique. Elle vise à valoriser les domaines thématiques (cf. ci-dessous) autour desquels se structurent les recherches des membres du GEPE.

1. Les politiques linguistiques dans l’histoire des sociétés

Les travaux relevant de cet axe se fondent sur l’hypothèse que les fonctions politiques des langues dans une société sont le produit dynamique de son histoire, de sorte que le traitement des langues est mis en relation avec la nature et l’évolution des systèmes politiques et des pouvoirs.

Les choix linguistiques dans les sociétés – aussi bien les choix des individus que les politiques des gouvernements – sont également en lien étroit avec les dimensions économiques et sociales des situations. L’évolution récente de l’économie et de l’organisation des entreprises, les recompositions sociales qu’elles entraînent modifient les pratiques linguistiques et la valorisation des langues impliquées ; il en est de même pour les stratégies des groupes sociaux pour accéder au pouvoir et le contrôler. Dans les études relevant du domaine des politiques linguistiques ou de la planification linguistique, les données économiques et sociales ne sont en général prises en compte que de manière marginale. Une des principales motivations des travaux paraissant dans la revue est de réfléchir sur l’incidence de ces facteurs, d’établir leur hiérarchie, leur synergie, leurs concomitances, leurs antagonismes, de même que leur caractère de contrainte.

Bien que l’importance des facteurs idéologiques soit généralementreconnue, il convient d’analyser leur influence sur le traitement des langues, d’étudier la façon dont la recherche permet leur identification, la manière dont ses résultats sont repris dans le discours politique commun. Il est proposé de s’attacher plus particulièrement au rôle de la langue dans les idéologies nationalistes actuelles, et au traitement scientifique du rapport langue-nation.

Plus généralement, le concept global de mondialisation recouvre des évolutions économiques, sociales et idéologiques en interaction. Nous examinerons ce que ces changements impliquent, concernant la place des langues dans différentes instances de pouvoir, dans les entreprises multinationales ou dans les institutions, au sein des Etats ou dans les organisations internationales ou supranationales.

Les contributions de la revue porteront, pour l’essentiel, sur ces questionnements qui concernent différentes variétés et formes de pratiques :

- l’anglais comme langue véhiculaire,

- les langues nationales,

- les langues régionales ou minoritaires,

- les langues des migrants.

Selon les thématiques et les problématiques retenues, on privilégie une approche comparative prenant en compte les axes synchronique et diachronique et mettant en regard les situations et les faits observés. La confrontation des données et de leur traitement dans les différents projets contribuera à mettre à l’épreuve les concepts et les cadres épistémologiques impliqués dans cette démarche. Résultats et méthodes pourront alors contribuer à mieux définir des procédures d’évaluation des situations et des politiques et les conditions de leur éventuelle application à des évaluations "sans frontières".

2. Les contacts de langues

2.1. Contact de Langues et plurilinguisme complexe : variétés, pratiques et représentations

Dans ce champ de recherche, qui est central en sociolinguistique, l’option retenue vise une phénoménologie aussi large que possible des contacts entre des variétés dont le statut (langues internationales, nationales, régionales, langues d’origine, …), les fonctions et les valeurs sociales et symboliques différent. Tout comme pour les politiques linguistiques, ces recherches ont l’ambition de dépasser les apports descriptifs et les typologies, en ce qu’elles tendent à identifier les facteurs (sociaux, politiques, historiques, économiques …) à l’œuvre dans la configuration des situations sociolinguistiques, dans les pratiques et les représentations qui les sous-tendent.

La recherche d’une vision plus globale d’une situation donnée conduit à diversifier les lieux prototypiques du contact et des pratiques plurilingues des locuteurs‑acteurs. Il s’agit, en conséquence, en partant de l’existant (en particulier des travaux portant sur le paysage sociolinguistique de l’Alsace), d’élargir les investigations à des espaces plurilingues présentant des dynamiques et des configurations particulières.

C’est ainsi que le GEPE développe des recherches portant sur des terrains encore peu explorés : la ville (Strasbourg) comme lieu du pluriel et de l’hétérogène, les entreprises à vocation internationale. La thématique de la gestion du plurilinguisme dans les entreprises s’inscrit jusqu’en 2011 dans le cadre du projet intégré DYLAN « Dynamiques langagières et gestion de la diversité » (6e programme-cadre).

Un autre volet de la recherche concerne les différentes formes de plurilinguisme dans les institutions (instances européennes, domaine éducatif). Sur le terrain de l’école, plus qu’ailleurs, les enjeux de contacts de langues sont multiples et d’une grande portée. Une collaboration entre didacticiens et sociolinguistes conduit à s’interroger sur la prise en compte, dans la didactique des langues, et, plus particulièrement, dans l’enseignement bilingue, des différentes formes de bilinguisme ou de plurilinguisme sociétal, des pratiques et des représentations dominantes des groupes linguistiques. La réussite ou l’échec d’un dispositif éducatif dépend aussi de ces facteurs sociolinguistiques qui déterminent, pour partie, les modalités des contacts de langues organisés par la planification linguistique éducative.

Parallèlement à l’objectif de diversification des terrains, l’accent est mis sur les enjeux théoriques et méthodologiques des recherches sur les contacts de langues et le plurilinguisme, sur la définition en amont des paradigmes scientifiques, des modalités d’approches, des modèles qui restituent les démarches préconisées et les résultats.

2.2 Traduction et domaines de spécialités

En lien avec les contacts de langues, un nouvel axe de recherche porte sur la traduction dans des domaines de spécialités. Cet axe conduit à établir des liens avec la terminologie et avec la didactique des langues de spécialités. Il s’agit d’étudier les outils conceptuels, de même que les outils d’aide à la traduction (mémoires de traduction, dictionnaires électroniques p.ex.) utilisés dans la traduction spécialisée, qui englobe à la fois les domaines de spécialités (économie, droit …) et des applications particulières (traduction de documentaires, sous-titrage de films dans l’audiovisuel …). Le lien entre traductologie et traductique, la dimension interculturelle, la qualité de la traduction sont des paramètres sur lesquels porte l’analyse. Le type de traduction pratiqué ayant des visées essentiellement professionnelles, ces études nécessitent, en vue de prendre en compte la dimension contextuelle de production des traductions, que soient établis des liens concrets avec des entreprises.

Contact de cultures, interculturalité

Les recherches sur les politiques linguistiques et les contacts de langues, ainsi que les implications de l’interconnexion de phénomènes linguistiques avec des phénomènes culturels plus larges, conduisent à élargir les champs de recherche du GEPE aux contacts de cultures. A l’heure où les Etats‑nations et les cultures nationales sont remis en cause, à la fois par la création d’ensemble supra‑nationaux, par la mondialisation et l’affirmation de cultures régionales, l’analyse des contacts interculturels, la constitution des identités collectives peuvent difficilement être dissociées des contacts intra- ou interlinguistiques.

Les travaux du GEPE se structurent, pour l’essentiel, autour de deux thématiques.

Plurilinguisme de l’expression littéraire et cosmopolitisme culturel

Pour pouvoir répondre aux défis que pose la possibilité de la production culturelle dans une ère de mondialisation, les études littéraires et culturelles indiquent, selon les débats récents, que le comparatisme – qui est leur démarche épistémologique –, est en train de repenser l’horizon de ses engagements. Le contexte multiculturel et plurilingue d’aujourd’hui implique que les modes disciplinaires et discursifs traditionnels qui l’étudient doivent se réajuster par rapport à leur propre objet. On envisage, dans cette perspective, la situation particulière des écrivains plurilingues (Nabokov, Beckett, Borges…), à un moment décisif de la modernité qui voit naître une dimension nouvelle de l’identité. Dans une approche nécessairement interdisciplinaire (incluant l’histoire des mentalités, l’esthétique, la géopolitique et la civilisation comparée), il est proposé d’étudier aussi bien les textes d’auteurs plurilingues à la frontière de cette modernité littéraire que ceux des inventeurs d’une nouvelle esthétique dans leur rapport au plurilinguisme (Rilke, Freud, Nietzsche). La question de la réception est abordée à travers les innombrables revues qu’a vu naître le XIXe siècle.

Contacts de cultures en situation coloniale 

L’analyse des contacts de cultures en situation coloniale est particulièrement fructueuse ; elle permet d’observer des situations-type sous des formes accentuées, sinon paroxystiques : conquêtes, transferts fréquents de populations sous la contrainte, création de relations de dominants à dominés, mais aussi d’échanges de culture avec une acculturation en partie au moins réciproque, invention linguistique par le contact entre la langue des colonisateurs et celles des colonisés et, le cas échéant, entre les langues des colonisés eux-mêmes, structuration sociale fortement morcelée et hiérarchisée sans exclure la perméabilité entre les groupes, fréquence des états de crise identitaire individuelle et collective dans un contexte d’ensemble au plus haut point complexe et en rupture d’équilibre.

Le projet de recherche développé au GEPE vise à analyser les contacts de cultures dans le contexte particulier de l’espace caribéen. Les avatars de l’histoire ont fait de cette région du globe un espace composite qui a été partiellement ou totalement vidé de ses populations originelles et « rempli » de populations issues, pour une part, des nations colonisatrices et, pour l’autre, de populations africaines hétérogènes autoritairement transplantées dans les îles (la traite) auxquelles succèdent d’autres apports (Indes notamment) après la fin de la traite. Il y a donc ici transbordement et dépossession identitaire, suivis par l’invention d’une identité nouvelle qui s‘élabore en même temps que naît la langue créole. Cette identité créole a cependant des difficultés à s’imposer, même de nos jours, face à la présence maintenue des cultures européennes léguées par les anciennes puissances colonisatrices.

Au total, les différents axes de recherche représentés au GEPE fourniront les thématiques de la revue électronique. Parallèlement, la revue rendra compte de plusieurs autres options de principe qui devraient contribuer à renforcer son originalité. On cherchera :

- à favoriser les approches comparatives, avec les difficultés inhérentes à la comparaison de terrains et de contextes (sociolinguistiques, socio‑politiques, socio‑historiques, etc.) différents,

- à retenir des thématiques transversales et à approfondir la réflexion sur les concepts relevant des différents champs disciplinaires convoqués,

- à rendre compte de la dynamique des évolutions et, partant, de la dimension diachronique des phénomènes observés.

Projets de publication et périodicité

Le GEPE prévoit de publier au moins un numéro des Cahiers du GEPE par an, auquel pourra s’ajouter un numéro thématique spécifique.

N°1 (septembre 2008): « L’analyse des pratiques d’évaluation des politiques linguistiques : une entrée pour l’étude des politiques linguistiques ? » (Actes de la Journée d’études du 1er juin 2007).

La Journée d’études a posé la question de l’évaluation d’une politique linguistique dans différents cas de figure. Le cas le plus simple est celui de l’institution qui a élaboré et mis en œuvre une action se référant explicitement à une question linguistique, et qui souhaite savoir si l’objectif visé a été atteint ou démontrer qu’il l’a été. Un autre cas assez courant est celui d’une action dont on considère qu’elle « n’a pas réussi » ou dont on veut démontrer qu’elle a « échoué », et à laquelle on propose en général d’en substituer une autre. Par ailleurs, il est courant qu’une action de politique linguistique, réalisée dans un cadre donné, soit prise comme référence ou comme modèle dans un autre cadre. De manière plus ou moins explicite, il est considéré que cette action a « réussi » et qu’elle pourrait donc réussir ailleurs. Des jugements évaluatifs affirmant qu’une politique linguistique a « réussi » ou qu’elle a « échoué » sont communément formulés (cf. le Rapport d’évaluation de la politique en faveur du français [H. Astier, juin 2005] à propos de la loi Toubon de 1994, la réforme orthographique allemande de 1996, le maintien ou la restauration de l’usage du catalan en Espagne …).

Les pratiques d’évaluation et leurs motivations constituent un des volets de la recherche sur les politiques linguistiques. L’objectif de cette recherche n’est pas d’évaluer les politiques linguistiques elles-mêmes, mais d’analyser les évaluations qui en sont faites. On ne cherche pas à élaborer un cadre ou grille d’évaluation, mais un cadre d’analyse des pratiques d’évaluation des politiques linguistiques.

L’entrée, qui a été retenue pour aborder ce champ, conduit précisément à prendre comme point de départ de la réflexion des jugements évaluatifs, particulièrement de ceux qui manient les notions de « réussite » ou « d’échec » et de leurs différentes déclinaisons. Les communications présentées ont contribué à répertorier de tels jugements évaluatifs, à relever les arguments qui sont avancés pour les justifier, àles analyser pour tenter de mettre à jour ce qu’ils recouvrent.

Les jugements dans les documents élaborés par et pour des institutions ont tout particulièrement été pris en compte, mais les contributions ne se sont pas cantonnées aux documents de l’évaluation institutionnelle. Des jugements d’autres acteurs jouent un rôle dans l’interprétation d’une politique linguistique et influent sur la manière dont elle est reçue dans la société. Ainsi, les évaluations produites par les milieux politiques, par les médias, par les acteurs économiques ne peuvent pas être négligées.

Une telle démarche pose, bien entendu, la question de savoir ce qu’est une politique linguistique. Dans le cadre de notre recherche, nous avons considéré cette question comme ouverte. Chaque contributeur a été amené à définir l’objet politique et linguistique sur lequel porte le jugement évaluatif et à décrire le contexte politique, économique, social, idéologique dans lequel se situe sa réflexion.

Cette journée d’étude se situe dans le prolongement d’une réflexion qui a été menée tout au long de l’année universitaire 2006/2007 dans le cadre d’un séminaire du GEPE. Elle a pour vocation de contribuer à baliser l’approche de ce champ de recherche dans la perspective de son élargissement.

N°2 (juin 2009) : Espaces scolaires et plurilinguisme (Actes des Journées d’études des 19-20 janvier 2007).

Les actes de ces Journées d’études s’inscrivent dans une double thématique, celle du plurilinguisme, qui est l’un des concepts fédérateurs du GEPE, et celle de la thématique transversale des « espaces », sur laquelle ont porté les séminaires du GEPE durant l’année universitaire 2006-2007.

Les contributions proposées à publication sont le résultat d’une collaboration entre didacticiens et sociolinguistes. Le plurilinguisme constitue, en conséquence, une thématique transversale dont les manifestations et les aspects problématisés sont marqués par la spécificité du terrain (espace scolaire). Alors que les travaux des didacticiens mettent l’accent sur l’acquisition de compétences plurilingues et sur leur évaluation dans les sites bilingues paritaires (Alsace), les travaux des sociolinguistes mettent à jour les représentations sociales qui sont susceptibles de favoriser ou de freiner la motivation et l’acquisition‑apprentissage des LVE.

Afin de confronter différentes formes de plurilinguisme à l’école, le bi- ou plurilinguisme scolaire et le plurilinguisme des migrants représentent les deux versants de la thématique des ces Journées.

Finalement, l’approche comparative préconisée conduit à une mise en perspective de différents contextes : Val d’Aoste, Allemagne, Luxembourg, Alsace.

N° 3 (décembre 2009) : « Outils de traduction – outils du traducteur ? » (Actes des journées d’étude organisées en septembre 2008 par l’axe de recherche du GEPE « Traduction et domaines de spécialités »)

Les outils de traduction ne cessent de progresser : outils de traduction automatique, outils de traduction assistée par ordinateur, d'aide à la rédaction, dictionnaires électroniques et bases de données terminologiques en ligne, concordanciers, jamais l'offre de produits gratuits ou commerciaux n'a été aussi forte. Les conséquences ne sont pas sans effet sur le métier de traducteur et l'enseignement de la traduction.

En effet, une certaine inégalité s'instaure à plusieurs niveaux; d’une part, entre le traducteur féru d'informatique et celui qui se sert de l'ordinateur comme d'un traitement de texte, d’autre part, entre l’agence de traduction ou l'institution disposant de mémoires de traduction énormes et le traducteur freelance aux moyens techniques beaucoup plus modestes.

La profession s'informatise, au risque de transformer l'activité traduisante en une activité de post‑édition, de révision et de contrôle de segments standardisés aliénant le rapport au texte. L'accélération des cadences en vue de réduire les coûts et d'augmenter la productivité conduit à des changements au niveau du métier de traducteur, des perspectives de la profession ainsi que de son enseignement.

En revanche, ces mêmes outils permettent d'homogénéiser la qualité de la traduction, qu'elle soit collective ou individuelle, celle-ci n'étant plus dépendante de la seule personne du traducteur. Désormais, un environnement de travail intégré remplace graduellement la lente et fastidieuse compilation manuelle de dictionnaires et glossaires spécialisés.

Ces journées d'études s'attacheront à montrer en quoi les outils de traduction aident le traducteur ou, inversement, le desservent. Les communications en français ou en anglais s’articuleront autour des points suivants :

• l'environnement professionnel du traducteur : grande entreprise, agence ou organisation internationale ;

• l'enseignement face à la mutation du métier sous la pression technologique : post‑édition, rédaction, localisation ;

• le rôle de la machine et le rôle de l'humain dans les processus de traduction : traduction assistée par ordinateur et traduction automatique ;

• la qualité de traduction et l’enseignement de cette dernière face à la standardisation et aux exigences du marché ;

• la place de la traductologie dans la traduction spécialisée.

N°4 (février 2010) : « langue(s) des élèves issus de la migration (dans le systeme educatif) » (Actes des Journées d’Etudes qui auront lieu les 9 et 10 juin 2009)

Ces journées d’étude s’inscrivent dans la continuité de celles de 2007 (cf. Cahiers du GEPE, n°2), qui portaient sur « L’espace scolaire et plurilinguisme », d’une part, elles relèvent, d’autre part, de l’une des thématiques privilégiées dans le programme scientifique du GEPE.

Une dizaine de chercheurs invités est sollicitée pour explorer différents aspects de la problématique retenue, tels que la place des spécificités linguistico-culturelles des élèves issus de l’immigration dans le système éducatif français depuis 1950, les problèmes de dénomination et de catégorisation par l’Education nationale des élèves étrangers, les représentations que les enseignants et les décideurs se font des langues d’élèves issus de l’immigration, les représentations de l’enseignement des langues chez des enfants d’origine turque, etc.

Cette réflexion qui se veut générale permettra, lors d’un prochain colloque, d’entrer dans la même problématique (langues des élèves issus de la migration) par les discours dans et sur l’espace scolaire. En effet, le terrain scolaire –que caractérise la diversité linguistique et culturelle– constitue un espace social spécifique où s’articulent les discours de nombreux acteurs : acteurs politiques (discours officiels, programmes scolaires, etc.), sociaux (syndicats, associations …), médiatiques (presse), d’une part, acteurs à / de l’école (élèves, enseignants, administration scolaire, parents), d’autre part. L’approche proposée visera finalement la mise en contraste des discours scolaires dans trois pays (Allemagne, France, Suisse) et s’interrogera sur les évolutions, les stagnations, les contradictions, les convergences et les différences qui ressortent des discours.

N°5 (decembre 2010) : « Hors champ : vers une autre lecture de l’espace »

La lecture ou la relecture de l’espace est à la mode, à l’aune du concept‑valise de mondialisation. Or l’examen critique de cette notion en révèle bien vite le flou, sinon la vacuité. L’intensification des flux commerciaux, financiers et informationnels ne suffit pas à créer une diffusion et une répartition égale et planétaire des marchandises, des services et de la culture. La mondialisation apparaît alors comme une construction de l’esprit qui tend à promouvoir un système en réalité entaché de volonté hégémonique et d’inégalitarisme.

Il est dès lors légitime de se demander ce qu’il en est de la conception de l’espace à l’heure de cette proclamation de la " mondialisation". Ce numéro des Cahiers du GEPE ne peut bien sûr pas aborder tous les aspects de cette cruciale interrogation. Mais il permet de poser un regard critique sur les représentations limpides et simplificatrices, et de proposer une autre lecture du monde et de ses crises et ébauches identitaires en conviant aussi bien l’histoire, l’économie et la sociolinguistique que l’art et la littérature à la recherche d’une autre lecture de l’espace. Les contributions s’orientent autour de la perception de cet espace en contexte colonial et post‑colonial avec ses effets déstructurants, mais aussi ses inégalables propositions d’ouverture dès lors que l’on pose, en opposition déterminée avec la mondialisation, la mondialité en tant que diversité d’un monde « à la fois multiple et un, et inextricable » (E. Glissant), et largement ouvert sur toutes les cultures.

N°6 (2010) : « La sociolinguistique dans les pays de langues allemande et française (france, allemagne, suisse) : Champs, objets, théories, méthodes et pratiques comparées. » (Actes de Journées internationales organisées en collaboration avec Philippe Blanchet (Laboratoire PREFics, EA 3207, Université de Rennes II) et Georges Lüdi (Université de Bâle).

L’expérience de pratiques sociolinguistiques dans une zone transfrontalière (France, Allemagne, Suisse) conduit inévitablement, aussi bien pour la délimitation des champs de recherche que pour le choix et le traitement des objets sociaux, scientifiques, mais aussi théoriques et méthodologiques, à se situer au croisement de la sociolinguistique française, allemande et suisse, voire à pratiquer une sociolinguistique « métissée » susceptible de s’appliquer à un terrain situé aux confins des aires germanophone et francophone. C’est de cette expérience de l’équipe strasbourgeoise qu’est née l’idée de ces Journées.

Bien que l’on parle d’une sociolinguistique européenne, par différenciation d’une sociolinguistique anglo-saxonne ou nord-américaine, on est en effet très loin d’une unité des objets et des champs de recherches, des cadres théoriques, voire méthodologiques. Si cette hétérogénéité disciplinaire est liée à une phénoménologie très large (qui implique une diversification des méthodologies et des théories) et à la perméabilité du territoire disciplinaire, elle est aussi déterminée par les contextes nationaux, scientifiques, voire institutionnels respectifs et, bien entendu, par les spécificités des terrains.

La comparaison des pratiques de sociolinguistes français, allemands et suisses ne vise pas une exhaustivité impossible ; elle tend, au-delà des points de convergences qui ne sauraient être négligés, à mettre en relief et à soumettre à la discussion, les divergences liées aux contextes respectifs. Cette dernière question paraît d’autant plus pertinente qu’un colloque s’est interrogé, il y a une dizaine d’années, sur l’existence d’une exception sociolinguistique française (Colloque de Brest organisé par J. le Dû et Y. le Berre, 1997). La question a un double ressort : elle pose le problème d’une spécificité nationale, eu égard à l’histoire politique et linguistique de l’Etat français et de la situation actuelle ; elle suggère aussi que le caractère exceptionnel peut tenir de la particularité du traitement d’éléments qui existent par ailleurs, de leur formes spécifiques et de la singularité des relations qu’ils entretiennent avec d’autres éléments coexistants (par exemple : rapports langue standard ou nationale / dialectes).

La mise en perspective recherchée portera sur différentes thématiques / problématiques autour desquelles s’organiseront les interventions.

1. Les champs et objets relevant des sociolinguistiques allemandes, françaises et suisses

Dans la mesure où « il semble que chaque pays ait la sociolinguistique de sa crise (Baylon, 1991 : 17)1, on s’intéressera plus particulièrement à la constitution des champs et des objets des sociolinguistiques convoquées, à la motivation sociale du choix des paradigmes, aux incidences des contextes (institutionnels, culturels, sociaux, historiques, politiques, économiques…) d’une part, des traditions scientifiques et épistémologiques, d’autre part.

On s’interrogera conjointement sur les liens qu’ont privilégiés ou que privilégient, à l’heure actuelle, les sociolinguistiques convoquées avec les autres linguistiques : dialectologie, ethnolinguistique, ethnographie et sciences de la communication, psycholinguistique, didactique, pragmatique, linguistique du texte ou du discours, analyse conversationnelle, sémiotique…

Il est souhaitable que l’ensemble de ces questions soit envisagé dans une perspective non seulement synchronique, mais aussi diachronique, afin de mettre au jour les évolutions que révèlent les constitutions des champs et le choix des objets (sociaux, scientifiques, méthodologiques).

2. Les politiques linguistiques

- L’une des questions centrales concerne la genèse et la place de ce champ de recherche (si tant est qu’il est considéré comme tel) dans les sociolinguistiques françaises, allemandes et suisses.

- Le questionnement portera, plus particulièrement, sur les actions (dans quels domaines ?) et sur les acteurs qui ont retenu / retiennent l’attention des chercheurs, en lien avec les contextes nationaux, européens, voire internationaux, d’une part, avec les facteurs sociaux, politiques, économiques, idéologiques, d’autre part.

- D’un point de vue conceptuel, on s’interrogera sur les liens entre politiques linguistiques, planification et aménagement linguistiques, en prenant en compte les éventuels glissements terminologiques.

- On cherchera, finalement, à mettre au jour les objectifs et les postures, les contingences et les originalités, des recherches et des chercheurs.

3. Les sociolinguistiques dites urbaines

Depuis les années 90, une partie de la sociolinguistique française et francophone et, plus largement européenne, manifeste un intérêt grandissant pour l’étude des phénomènes langagiers en milieu urbain et/ou des problèmes urbains du point de vue des pratiques sociolinguistiques.

La difficulté à conceptualiser ce qu’est l’urbain (Mondada 2000)2 et, plus précisément l’espace urbain, amène à se demander dans quelle mesure les études existantes s’inscrivent, selon le contexte national et selon les options épistémologiques, dans une sociolinguistique générale pratiquée en milieu urbain (sociolinguistique en ville) ou dans une sociolinguistique urbaine dont l’objet interrogé serait la ville (Bulot / Bauvois, 2004 : 7)3 et dont le champ d’étude et les objets seraient spécifiques.

On pourra prendre appui pour répondre à cette question, de nature épistémologique, sur les orientations majeures des travaux qui, dans les sociolinguistiques des trois pays, font référence à la ville et à l’urbain.

La confrontation de ces quatre directions majeures implique parallèlement un questionnement sur les références épistémologiques, théoriques et méthodologiques. En raison du caractère inter-, voire transdisciplinaire de la sociolinguistique urbaine, il convient d’évaluer les apports d’autres disciplines : géographie sociale, sociologie urbaine, histoire…

4. Le dispositif de travail

Un groupe de chercheurs reconnus et significativement impliqués dans les activités et la réflexion épistémologique en sociolinguistique dans les aires linguistiques / nationales concernées est invité par les organisateurs pour une session de deux journées d’études. Il leur est demandé soit de rédiger un texte sur la problématique des journées, soit de réagir à un de ces textes, afin de lancer les débats enregistrés qui occuperont l’essentiel des journées (les textes de départs étant diffusés à l’avance). Les débats auront lieu en français et en allemand (avec traductions si besoin) et le recours à l’anglais n’est pas exclu. Un volume regroupant l’ensemble des textes, des réactions et des discussions sera publié dans Les Cahiers du GEPE à l’issue des journées.

Langues de la publication

La langue de travail de la revue est le français (consignes aux auteurs, appels à communication). En tant que revue portant sur le plurilinguisme européen, Les Cahiers du GEPE sont aussi plurilingues : les articles peuvent paraître dans la langue qui a la préférence de l'auteur(e). Autant que possible, chaque article est accompagné d’un résumé dans deux autres languesque celle de l’article, dont l’anglais.

Support de la publication

Les Cahiers du GEPE – qui doivent contribuer à encourager, au sein de notre Université, l’apparition des revues électroniques –est entièrement publiée en ligne. A titre exceptionnel, l’un des numéros de la revue ou une partie des articles pourra faire l’objet d’une publication papier dans les Carnets d’Atelier de Sociolinguistique (CAS), qui accueillent les travaux émanant du Réseau Francophone de Sociolinguistique (RFS), dans une autre revue ou collection en rapport avec les thématiques des Cahiers du GEPE

Tout texte demeure la propriété de son auteur(e), qui dispose du droit de publier, de distribuer et d’archiver son texte électroniquement, à la condition qu’il indique clairement sa parution dans Les Cahiers du GEPE.


Notes

1  Baylon Ch., 1991, Sociolinguistique. Société, langue et discours, Paris : Nathan.

2  Mondada L., 2000, Décrire la ville, la construction des savoirs urbains dans l’interaction et dans le texte, Paris : Anthropos, Collection villes.

3  « En d’autres termes, relèveraient de la sociolinguistique urbaine les études dans lesquelles l’urbanité est une variable dépendante (…) », Bulot Th., Bauvois C. : « La socolinguistique urbaine : une sociolinguistique de crise ? Premières considérations », in Bulot Th. (Dir.), 2004, Lieux de ville et identité. Perspectives en sociolinguistique urbaine, Vol. I, Paris : L’Harmattan, p. 7.